Ch. 1 - Enfance et adolescence



ENFANCE ET ADOLESCENCE (1894-1914)


Fernand, Marie, Joseph, Henri Tonnet naquit à Molenbeek-Saint-Jean lez-Bruxelles, le 18 juillet 1894.

- Son père, Joseph Tonnet, natif de Lustin, ancien élève de Floreffe, de Bonne-Espérance et de la Faculté de N.-D. de la Paix à Namur, avait été instituteur à Naomé et à Sainte-Marie-Wideumont (Luxembourg) ; il était entré ensuite dans l'administration des Douanes et Accises.

Sa mère, Marie Vinck, née à Vonéche (Beauraing), appartenait à une famille qui possédait un petit domaine agricole aux confins de la Famenne et des Ardennes. Elle avait fait ses études dans une institution religieuse à Namur.

Fernand fut le quatrième de leurs cinq fils. Il aimait à évoquer avec un sentiment d'action de grâces l'atmosphère enveloppante du foyer qui avait abrite avec les vertus de son père et de sa mère, la félicité de son enfance.

A Bruxelles, Fernand Tonnet fit ses classes primaires chez les Frères de la Doctrine chrétienne et suivit les cours d'humanités modernes à l'Institut Saint-Louis. Il se rangea toujours parmi les meilleurs élèves.

En 1911, la nomination de son père à la tête du poste des douanes de Quiévrain l'empêcha d'atteindre le terme de ses études ; il les poursuivit néanmoins selon un autre programme sous la direction de l'abbé Abrassart vicaire à Quiévrain, qui mourut curé de Merbes-le-Château. Ce prêtre d'une vaste culture, d'une belle intelligence et d'un zèle infatigable exerça une influence indélébile sur son jeune disciple. Il ne se contenta pas d'enrichir son esprit de tout ce qu'il y a de beau dans les auteurs des temps anciens et des temps modernes, mais il lui donna le goût du travail méthodique, de l'observation, de l'analyse, de la synthèse. Il l'initia également aux problèmes sociaux. A cet adolescent de dix-sept ans qui n'avait jamais franchi le seuil d'un local d'œuvres et qui n'avait abordé que quelques ouvriers agricoles au cours de ses vacances annuelles dans les provinces de Namur et du Luxembourg, le vicaire Abrassart révéla la vie rude des houilleurs borains et des milliers de métallurgistes qui chaque jour se rendaient par delà la frontière dans les usines de Blanc-Misseron.

C'est au Patronage paroissial de Quiévrain que Fernand commença de fréquenter les jeunes salariés. Il recueillit leurs confidences. II apprit quelles étaient pendant le cours de chaque semaine les fatigues de leur corps et la détresse de leur âme.

Il visita ensuite non seulement les houillères et les usines, mais aussi et surtout les humbles maisons ouvrières. Il acquit ainsi par des enquêtes personnelles une grande connaissance des milieux prolétaires. Apercevant l'étendue des besoins de ses frères besogneux, il mesura du même coup d'œil l'immensité du champ de l'action sociale recommandée par Léon XIII.

Le séjour de Fernand à Quiévrain ne fut pas de longue durée. Sur la fin de 1912, son père, appelé à une autre fonction à l'entrepôt des Douanes de Bruxelles avait dû quitter le Borinage pour fixer son habitation à Laeken. Fernand devint employé de banque à Bruxelles.

Il sollicita son admission dans la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul de Laeken et continua auprès des pauvres l'apostolat discret qu'il avait commencé à Quiévrain auprès des mineurs et des ouvriers frontaliers.

Il se mit à la disposition du vicaire Stas qui dirigeait le Patronage paroissial des garçons et lia société avec le vicaire Cardyn qui venait d'arriver à Laeken. Fernand a révélé dans un mémoire daté du 8 janvier 1943 l'impression profonde que fit sur lui dès le principe le futur aumônier général de la J. O. C. :

« ...Monsieur l'abbé Cardyn était animé d'un dynamisme intarissable... il avait le talent de passionner ses interlocuteurs ou ses auditeurs pour un idéal. Lorsqu'il avait devant lui des hésitants, il évoquait avec une éloquence saisissante, servie par une mémoire magnifique, l'exemple d'hommes d'action du siècle précédent. En dix ou quinze minutes, il vous résumait cette vie ; vous donnait une biographie à lire et vous conviait à suivre les traces d'un tel précurseur...

Il cherchait à donner à ses jeunes auditeurs l'idéal de se consacrer à la classe ouvrière pour la défendre, la protéger, l'éduquer. Il aimait insister sur la vie pauvre et simple que doit mener un chef de l'action ouvrière. Et quand il abordait ce domaine, Monsieur l'abbé Cardyn vous traçait immédiatement des fresques très évocatrices de l'esprit franciscain, car il était d'avis que le XXe siècle s'inspirerait beaucoup de l'esprit de saint François d'Assise. Et cela en réaction contre l'excès de confort, de plaisir, de paganisme.

...La connaissance qu'il avait des divers courants de la sociologie catholique du début de ce siècle, donnait aux entretiens de Monsieur Cardyn une animation passionnante. On sortait de chez lui avec le désir fou de passer ses nuits à lire tous les ouvrages d'un Vogelzang, d'un Toniolo, de l'abbé Hitze, du comte de Mun, etc. Monsieur l'abbé Cardyn ajoutait à cette documentation de doctrine, une captivante expérience pratique, car il avait visité de nombreux secrétariats, des sièges d'oeuvres... On était vite mis sur la piste d'une réalisation possible, tellement il était au courant de ce qui s'était fait dans de nombreux pays...

Monsieur l'abbé Cardyn ne laissait pas partir ses jeunes auditeurs de cercles d'études, uniquement sous l'impression d'appels à l'apostolat. Il tes documentait, leur indiquait les études sociales et religieuses qu'ils devaient commencer, leur procurait les ouvrages nécessaires, puis leur fixait rendez- vous pour discuter...

...L'on était subjugué par l'inimaginable activité de. ce jeune vicaire... Son exemple fut décisif sur plusieurs jeunes gens de cette époque... Son rayonnement suscita de nombreuses vocations sociales... »

Le 4 août 1914, les armées allemandes envahirent la Belgique. Fernand s'engagea immédiatement comme volontaire. Il quitta Laeken le 7 août. Il avait vingt ans.



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