Ch. 5 - Apostolat social à Charleroi



APOSTOLAT SOCIAL A CHARLEROI (1934-1938)


Dans les combles du Secrétariat des Œuvres sociales chrétiennes de Charleroi, sur la deuxième porte à gauche, on pouvait lire, au mois de juillet 1934, l'inscription suivante : « Fernand Tonnet, permanent syndical. Service de Propagande et d'Etudes ».

Cette brève indication dans un décor aussi fruste contrastait sans doute avec l'importante mission dont on avait accepté qu'il se déchargeât.

F. T. ne voulut cependant jamais arrêter sa pensée sur ce contraste. A un Directeur d'Œuvres sociales chrétiennes qui lui avait exprimé son déplaisir de le voir nanti de fonctions si modestes dans le mouvement ouvrier adulte de Wallonie, il écrivit les lignes suivantes : « je suis très content du poste que j'occupe à Charleroi : il est déjà bien lourd pour ma nouvelle étape et je n'aurais pas aimé occuper des fonctions plus importantes. N'oubliez pas que je dois être très humble et très prudent en abordant le monde des ouvriers adultes. Vous savez aussi bien que moi qu'on n'y réussit, pas si vite ni si bien que dans le monde des jeunes. »

A Charleroi, F. T. s'efforça d'être un de ces apôtres sociaux dont parle Léon XIII qui « s'étant constitués les protecteurs des personnes vouées au travail, s'étudient à accroître leur prospérité (nul domestique qu'individuelle, à régler avec équité les révolutions réciproques des patrons et des ouvriers, à entretenir et à affermir dans les uns et les autres le souvenir de leurs devoirs et l'observation des préceptes divins. » (Enc. Rerum Novarum.)

Et chaque jour, pendant quatre ans il accomplit une tâche qui lui valut plus de bénédictions divines que de louanges des hommes.

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En 1935 F. T. fonda en marge des Organisations Sociales et avec la collaboration de 1'A. C. J. B. F. du pays de Charleroi, l'œuvre « Pour sauver nos enfants ». Il le lui avait été inspirée par le spectacle de la misère qui atteignait les enfants dans beaucoup de familles de chômeurs. F. multiplia ses démarches auprès des Comités scolaires, des organisateurs de plaines de jeux et de la direction des Colonies scolaires catholiques du grand air, pour qu'on entoure d'une sollicitude spéciale les enfants sous-alimentés des victimes du chômage. Ensuite il sollicita même en dehors de l'arrondissement de Charleroi, le concours du clergé paroissial qui l'aida à procurer à des centaines de petits débilités des séjours réconfortants dans des foyers où ne régnait pas la disette.

En 1938, au moment où F. T. fut appelé à travailler auprès de Monseigneur Picard à l'organisation de l'Action Catholique des Hommes à Bruxelles en Wallonie, il se sépara avec peine de cette oeuvre « Pour nos enfants » dont il s'occupait avec prédilection. En la quittant, il adressa au Comité qui la régissait, l'allocution que voici :

« Il y a plusieurs années déjà que les Œuvres ouvrières chrétiennes de cette région ont été amenées à secourir les misères particulièrement navrantes qui leur étaient signalées dans les familles de leurs membres. Et nous nous sommes principalement tournés vers l'enfance et surtout vers l'enfance des familles nombreuses.

Vous êtes ici ce soir pour aider les continuateurs de cette œuvre de secours, et pour amplifier son action.

Quel témoignage d'amitié chrétienne vous donnez... Et comme je voudrais qu'elle ait sa répercussion dans tout le pays de Charleroi, afin que dans les autres domaines également vous compreniez qu'il importe toujours de s'entraider, de s'épauler.

Je suis heureux, faut-il vous le dire, de savoir que grâce à vous, l'œuvre « Pour sauver nos enfants » continuera de propager ses bienfaits. Je le suis surtout, parce que vous donnez ici l'émouvant exemple d'un travail commun, modeste peut-être, mais qui sera fécond.

Vous êtes ici de tous les milieux sociaux. Permettez-moi, Mesdames, de vous rappeler ce qu'une grande éducatrice de notre époque, Marie Fargues, écrivait récemment : « Dès qu'une jeune mère en aborde une autre au sujet de son petit enfant n'y a plus de classes sociales... Elles ont trouvé un terrain de commune vibration. »


Je suis persuade, Mesdames, qu'au delà des épreuves et des souffrances survenant dans vos foyers, vous saurez parce que chrétiennes ardentes, trouver toujours assez de courage pour porter un peu de réconfort à vos sœurs plus éprouvées que vous. Et vous maintiendrez ainsi dans notre monde moderne la tradition du véritable « éternel féminin » qui pour nous, disciples du Christ est synonyme, non de coquetterie ou de mystère... mais de charité et de miséricorde.

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