Le départ



Annonce du départ de TONNET, par Monsieur le Chanoine CARDYN à la réunion des propagandistes du mardi 5 juin 1934, à Bassenge (extraits).

Fernand a été le tout premier à croire à la possibilité de ce relèvement de la classe ouvrière par la J.O.C. et sans lui, toute cette organisation n'aurait pas été possible. Voilà son grand mérite, c'est d'avoir, au moment où personne ne croyait la chose possible, d'avoir cru avec autant de foi à cette cause pour laquelle il a donné sa vie.

J'avais à peine trente ans quand j'ai rencontré Tonnet... J'étais alors vicaire à Laeken et chargé d'un patronage de jeunes filles ; très naïvement, avec les gosses des impasses, nous avions organisé le cercle des apprenties ouvrières.

C'est alors que Fernand qui était jeune, c'était en 1912, il était déjà employé, et même jeune syndiqué dès ce temps-là, est venu me demander de vouloir faire la même chose pour les jeunes gens. Et c'est alors qu'avec quelques jeunes camarades, il se sont réunis chez moi et on a commencé avec tout ce système d'enquêtes et de visites des impasses chez ces jeunes apprentis si frustes, sachant à peine écrire... La guerre éclata et Fernand Tonnet qui était dirigeant, depuis une bonne année, a quitté sa maman pour s'engager, il quitta son père et son frère professeur, un autre de ses frères était déjà à l'armée, et Fernand s'est engagé.

Nous ne pensions plus le revoir, parce que nous savions qu'il ne reculerait devant rien, devant aucune difficulté pour rester en première ligne de feu.

Fernand fut vraiment et visiblement protégé par la Providence ; il nous est revenu après quelques mois d'occupation en Allemagne. C'est alors qu'il devint mon secrétaire particulier, en 1919. J'étais alors chargé des Œuvres Sociales de l'arrondissement de Bruxelles.

C'est alors que vous devez comprendre la force de caractère qu'il a fallu à Fernand Tonnet, qui n'avait fait que sa 4ème moderne, cette énergie qu'il a su se donner à lui-même. Ce qu'il a lu, copiant, notant des cahiers entiers de lecture, classant des centaines et des centaines de notes, vous seriez étonné si vous deviez savoir comme moi toute la force de travail de ce garçon. C'est alors que nous étions en admiration devant le travail de ce maître éloigné de la J.O.C. qu'était alors Edward Montier. Déjà avant guerre nous suivions ses travaux et ses écrits. Il y avait un livre, les Essaims nouveaux dont nous nous servions beaucoup. Eh bien, Fernand avait lu tous les ouvrages d'E. Montier qui vint alors à Bruxelles.

C'est sur cette note là que je veux insister, c'est qu'il n'est pas possible d'être un apôtre sans cette passion du travail, quand on a pas cette foi inébranlable, que de nuits passées par Fernand Tonnet consacrées à la lecture, à l'étude, ah, cette soif qu'il avait de la science pour l'action, celà seul explique son éloquence, cette facilité qu'il a à écrire, à parler. Ceux qui l'on vu à nos congrès, sachant dire à chacun le mot qu'il fallait, tout le monde pensait qu'ils avaient à faire à quelqu'un qui avait fait des hautes études, et ce qu'ils étaient épatés par cet éloquence simple. Vous l'avez entendu encore ces derniers temps aux funérailles de R. Delplanque avec quel cœur et quelle beauté il a su là tenir l'attention et provoquer l'émotion de toute cette population par son discours qui fut comme son chant du Cygne.

Fernand Tonnet avait dès le début cet art de l'influence par l'amitié. Ce qu'il a conquis de jeunes gens à l'apostolat total par ces entretiens si affectueux, ces correspondances intimes ; il a fait de la J.O.C. une amitié à qui on se donnait comme à une fiancée, à une épouse. Quand on veut interroger les Premiers militants tous vous diront que c'est à Fernand Tonnet qu'ils doivent leur formation, que c'est à cette amitié à ce cœur à cœur, à cet abandon et à cette confiance totale qu'ils doivent leur épanouissement.

C'est à F. Tonnet que nous devons tous ces services de la J.O.C. Vous ne sauriez croire ce qu'il a fallu de démarches pour monter tous ces services, ce service de la prévention des accidents du travail dont il avait fait sa marotte et d'où sont sorties toutes ces expositions qui eurent à cet époque un si grand retentissement et valurent au mouvement cette popularité dans le monde des industriels : ces expositions de Vezin, de Tamines, de Charleroi, de G and etc... qui attirèrent l'attention des autorités sociales sur notre mouvement.

C'est lui qui organisa ce service photographique, unique au monde, ce qu'il a fallu de temps pour mettre cela sur pied, ce service unique dans toute la presse, un des plus beau service photographique qui existe.

Après, ces derniers temps,il monta ce service des malades qui fut l'oeuvre totale de Fernand Tonnet et qui montre bien la valeur de son cœur d'apôtre se penchant sur tous ces jeunes ouvriers cloués sur les lits d'hôpitaux, de sanatoriums.

C'est la même chose pour ce service international qui lui valut des correspondances écrasantes ; c'était comme un vrai ministre des affaires étrangères, s'ingéniant à donner des conseils très objectifs, visant à ce qu'on n'exporte pas simplement la J.O.C. mais à ce qu'on prenne notre esprit, notre méthode pour l'adapter aux différents pays.

Il est impossible de comprendre la place unique qu'il a occupé dans la J.O.C., dès sa fondation, lui ce jeune travailleur de 17 ans qui a cru à ce relèvement possible de la Jeunesse ouvrière. Ni lui, ni moi nous n'avions jamais entrevu l'expansion si rapide de nos essais. Si la J.O.C. est ce qu'elle est, c'est en grande partie à Fernand que nous le devons. Il nous laisse à tous un héritage de travaux et des responsabilités terribles et je voudrais que vous ayez le courage de voir cela à fond. Quand Tonnet s'est donné à la J.O.C. il s'est donné à fond et ce fut un don définitif. Depuis de longues années il a voulu se désister en faveur des ouvriers et il a renoncé à des places, à un avenir brillant dans le monde pour se consacrer au relèvement de la jeunesse ouvrière.

Et voici que maintenant il continue sa donation et va se consacrer à la formation des propagandistes syndicaux chrétiens. Il reste ainsi bien lui-même ; il aurait pu postuler un avenir brillant mais il veut continuer à rester pauvre. Fernand Tonnet, je puis le dire, n'a jamais eu un sou devant lui, n'a jamais retenu un sou de ce qu'il gagnait. Ce qu'il a aidé de pauvres types ; en fin d'année, il n'avait souvent pas un sou pour commencer l'année suivante et il ne voulait rien mettre de côté. Il a tout donné à la J.O.C. et il s'en va plus pauvre que lorsqu'il est venu.

C'est un exemple auquel vous devez réfléchir. Nous ne saurons jamais assez dire toute la reconnaissance que nous lui devons. Nous consacrons un numéro spécial de JOC à retracer en grande ligne la figure de Fernand Tonnet.

C'est donc pour vous tous, propagandistes un exemple à suivre et c'est vous qui portez maintenant toute la responsabilité de ce chef, de ce fondateur de la J.O.C. La J.O.C. peut ambitionner de nouvelles conquêtes si elle peut compter sur une équipe, sur un état major de dirigeants et de propagandistes nationaux et régionaux aussi rayonnant d'esprit surnaturel, doués d'une force de tra- vail et d'une volonté aussi puissante que celles du président fondateur de notre mouvement.

(Sténo non retouchée.)


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