Lettre à Georges Guérin



COPIE D'UNE LETTRE ADRESSEE LE 4 NOVEMBRE 1964 à M. L'AUMONIER NATIONAL de LA J.O.C. de FRANCE


avenue Soeur Rosalie

Monsieur l'Aumônier National


Je prends la respectueuse liberté de vous confirme ma lettre du 23 oct. qui concernait la réédition du cliché paru en 1934 dans le n° des 7/14 juillet de J.O.C. ILLUSTRE.

Si vous estimez que mon initiative avait quelque chose de désobligeant pour votre supérieur belge, l'aumônier général, ma demande restera sans réponse. Ce silence, je n'aurai garde de le qualifier d'injurieux, comme disait un jour Charles Péguy, mais de logique puisqu'aussi bien j'aurai en défendant la mémoire de mon frère Fernand Tonnet, blessé vivement l'amour - propre de celui qui appela le président fondateur de la JOC « un ami, un compagnon d'armes et UN VRAI FONDATEUR DE LA J.O.C. » (2 juin 1934)

Pour ce qui me concerne, qu'il y ait un « fondateur » et un « vrai fondateur » du mouvement, c'est chose puérile, après tout.

Mais on parle en Belgique un peu plus de Fernand Tonnet, de Paul Garcet et même - trop peu - de votre Marcel Callo.

Trois authentiques apôtres laïcs dont il faut souhaiter qu'un jour de l'avenir l'Eglise proclame les mérites.

L'indifférence à l'égard de leur mémoire est étrange et peu chrétienne. I1 faut se réjouir de ce que Marc Delforge dans « Vers l'Avenir » de Namur et Henri Rollet dans « Laïcs de l'Histoire » ont réveillé des choses qui étaient entièrement oubliées.

A l'heure du laïcat chrétien, il n'y a plus de place pour des « épopées » aux héros fabuleux et légendaires. Pour les jeunes seuls comptent les vrais exemples vécus.

Ce n'est pas une bonne méthode que celle d'imposer par voie d'autorité des torsions à la vérité historique et des affirmations qui heurtent la justice. Certior factus.

Renonçons définitivement à tout parti pris, à tout a priori,et voyons scientifiquement comment les choses se sont déroulées de 1911 (Quiévrain) à 1934, l'année où le président fondateur dut abandonner la J.O.C.

Ma brochure - que vous aurez reçue en son temps - « Au berceau de la JO.C. » est une sorte de centon de pièces d'archives. Il suffit de contrôler et de vérifier s'il n'y a pas d'erreurs ou de supercherie.

Si l'opuscule est reconnu exact, il faudrait prévoir un dialogue, modéré de ton, sans aigreur, sans passion, avec le désir sincère d'aboutir à un accord.

L'histoire de la J.O.C est plus belle que la légende avec tout l'arbitraire, 1'ingénu, 1'attachant, l'imagé, le touchant qui eurent leur temps mais qui sont périmés et qu'il faut abandonner.

Si une telle mise au clair est impossible,si une semblable révision s'avère inopportune, soit.

Dans deux mois, deux ans, deux décennies peut-être, on reprendra, je le souhaite ardemment, ma modeste brochure. Elle a été envoyée à toutes les bibliothèques universitaires et aux abbayes d'Europe et du Canada. Je termine en vous priant de réfléchir qu'au moment où Fernand Tonnet prit connaissance à Quiévrain, en 1911, de la détresse physique et morale de la jeunesse et de la classe ouvrière, il fallait plus de temps pour se rendre à Lourdes qu'aujourd'hui à Tokio.

Et je rappelle souvent que pour silhouetter Fernand il faut relire l'article liminaire : La première étape de « La Jeunesse Syndicaliste »1920.

Oui, sa devise était bien « Primauté au spirituel ».

Pourquoi son frère n'aurait-il pas le droit de dire hautement que plus de 40 ans avant Paul VI, 1a « J.O.C. Devait être pour lui d'abord et avant tout un mouvement apostolique. »

Daignez croire, Monsieur 1'àumonier, à l'assurance de mes sentiments bien sympathiques et très sincèrement à mes amitiés françaises.

Signé H. Tonnet.


SOURCE: Fonds Fernand Tonnet, Université catholique de Louvai, 5B 3328



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